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26.01.2012

Surface to Air

avion,voyage,londres,hollande


J'ai toujours aimé les voyages en avion. Quand vous prenez le train ou le car pour rallier une ville à une autre vous savez plus ou moins où vous vous trouvez, quels lieux vous traversez au long du parcours. En l'air le voyage est en rupture avec la surface, terne et bien connue, de laquelle on s'arrache au décollage. L'espace d'un voyage, au sens transport j'entends et non au sens du voyage proprement dit et qui est ici le but de mon vol, les passagers de tout horizons sont suspendus dans une bulle se moquant des pays et territoires, ridicules parcelles situées 15 000 pieds plus bas que l'on regarde de haut depuis notre cocon nuageux. Ce microcosme cosmopolite dort alors ou s'agite, dans le ballet gracieux des hôtesses qui s'affairent sans froisser leurs jupons. Avant de sortir mon livre ou de chercher un film sur l'écran j'ai pour habitude de commander un verre de whisky soda avec des crackers. Je crois que j'ai un faible pour ces minuscules bouteilles de JB, si mignonnes quand elles vident leur doux liquoreux dans mon verre de plastique au son d'un "gloup gloup" rassurant.

 

À terre on ne sait jamais ce qui nous attend. Coupés du monde un instant, il peut bien s'écrouler que nous ne nous en apercevrions même pas. Imaginez-vous décoller de Paris à 11h et aterrir à Djibouti à 17h. Dans l'intervalle vous n'êtes plus soumis au flot d'informations incessant qui vous matraque à longueur de journée au sol, même votre BlackBerry est éteint et la seule source d'information dont vous disposez est le Monde du jour que vous avez embarqué à bord mais il reste figé, comme l'encre noire imprimée sur ses frèles et impuissantes feuilles de papier. Un tsunami peut avoir submergé votre destination de vacance ou une guerre est peut-être déclarée chez vous, vous ne le découvrirez qu'une fois de retour à la surface. Là le juriste se demande à quelle loi il peut bien être soumis en l'air, bien inaliénable par excellence? C'est là aussi une des vertus que je prête aux voyages en avion. On peut mieux y penser. Bien sûr on pense sans cesse me direz-vous, mais assis au bord de ce hublot, la pensée s'élève naturellement un peu quitte à en devenir vaporeuse. Au dessus de la mer de nuages et pour peu que vos voisins ne soient pas un obèse qui déborde sur votre siège ou un mioche qui braille au moindre trou d'air, l'esprit n'est pas dans la cabine, il est de l'autre côté du triple vitrage.

 

En tapotant sur mon iPad je pense donc. Je me rends soudain compte que je suis en train de transformer cet énième tentative d'incipit d'un improbable roman en billet pour mon blog, non sans une certaine amertume, que je fais aussitôt passer avec un gorgée de whisky. London. Capitale de la perfide Albion, titre du film le plus déprimant que j'ai eu l'occasion de voir, patronyme de l'un des meilleurs écrivains du début du XXe siècle, fief du grand Winston et de la dame de fer. Comme Nadine Morano mes doigts tapent plus vite que ma pensée et je passe sur les élans pseudo lyriques de cet ego trip pour songer à la politique. Je pense alors au Labour Party, un parti socialiste européen autrement plus moderne que le notre. Hollande s'il a beaucoup progressé sur ses formes, pêche toujours sur le fond, prisonnier du carcan que constitue le programme irréaliste des socialistes. Fonction publique qui explose, dépenses destinées à faire rêver des français moroses, accords partisans oubliant l'intérêt général... Pour parfaire la caricature de la gauche archaïque qu'il représente il prend la "finance" comme seul adversaire alors qu'il faut s'en faire un allié solide. Le candidat Hollande serait décidément un Président qui rendrait son Pays-bas. Sur ce piètre calembour je doit m'arrêter. We are actually landing and you have to shut down your computer.

 

Romain FERRARA

12.12.2011

Un dimanche

écologie,ump,réchauffement climatique,présidentielles

 

Dimanche matin je me rendais à l'inauguration de la permanence de campagne de Stéphan Rossignol, candidat aux législatives qui va porter les couleurs de l'UMP sur la 9eme circonscription. Dans la brume matinale en passant devant les marécages de Frontignan et les étangs de Palavas j'ai croisé des flamants roses, des hérons et un vol d'oies sauvages. Même un petit lapin, au détour d'un rond-point à Carnon.

 

"France Info il est 10h30". Dans la grosse voiture qui me conduit à vive allure à la Grande Motte, les informations tombent rapidement, assénées sur l'asphalte par la voie enjouée du speaker du dimanche. "Sommet de Durban, la déception chez les écologistes, le protocole de Kyoto est renouvelé mais sans avancées. Les prochaines négociations sont repoussées à 2015 et le nouvel accord entrera en vigueur à l'horizon de 2020". Dont acte. Et les écolos de gueuler, et certains de se satisfaire de ce renouvellement, et moi de penser aux flamants roses qui me rappellent les hauts plateaux boliviens et à Durban cette grosse ville polluée sur l'océan indien où je me trouvais deux ans plus tôt et qui a servi de cadre à ce manège.

 

194 pays convoqués pour rien ou presque. Le seul mérite de ce prétendu "sommet" dont il ne reste qu'une colline à peine plus haute que notre mont St Clair fut que, l'espace d'un instant, les médias évoquent la planète au milieu du flot ininterrompu de nouvelles économiques moroses qui submergent toute l'information. Comme si la volatilité des marchés était autrement plus essentielle à nos yeux que le vol de ces petites oies, qui en effet ne représentent rien pour les financiers de tous bords. Il n'y a pas d'agence de notation écologique qui viendrait pénaliser les pays émetteurs de gaz à effet de serre, de milliers de tonnes de CO2 chaque jour. Pas d'autorité pour sanctionner efficacement les braconniers et pêcheurs ne respectant ni les espèces protégées ni les quotas. Pas un capitaine pour pénaliser à sa juste mesure l'armateur du cargo rouillé qui déverse son fiel de fuel dans nos mers. Seules quelques ONG volontaires agissent, mais restent impuissantes en luttant à contre courant, en ramant face à un torrent nauséabond qui les dépasse. Un goéland englué dans le mazout, qui tenterait désespérément de s'envoler.

 

En écoutant Stéphan présenter avec conviction sa candidature sur ce territoire "entre ruralité et urbanité", je songeais donc à ces foutus oiseaux. J'espère secrètement qu'une fois l'élection remportée il les défendra à l'Assemblée nationale, les plages de sa jeunesse et les étangs de son enfance. Si nos gouvernements, trop occupés à penser aux prochaines échéances ou au désastre économique qui menace de s'abattre sur l'Union Européenne pouvaient prendre un peu de recul et accorder une part de leur attention à la vie qui entoure les chiffres, un signal d'alerte pourrait être donné. Ce signal serait au moins aussi important que le passage d'un AAA à un AA by Moody's. Il y a six mois face au Perito Moreno en Argentine, dernier glacier au monde à avancer quand ses voisins sont tous en train de fondre, le choc visuel a été un signal personnel.

 

Hélas l'écologie politique est composée de politiques avant d'être écologiste. Leur parti Europe Ecologie les Verts en est le verdâtre reflet. Issu d'une alliance de partis et portant en son nom l'Europe fédéraliste, il est désormais depuis longtemps un parti ayant volonté à gouverner, à grappiller des sièges dans nos diverses assemblées, à négocier avec les socialistes. Même eux ne sont plus tous verts et Eva Joly, la piètre candidate qui porte leurs idées me désole en mon fort intérieur. Inutile et impensable donc pour la droite de les intégrer dans notre gouvernement ou de s'allier à eux pour participer au programme des présidentielles. Hulot avait au moins une sympathie populaire aussi agréable qu'est désagréable l'attitude de la candidate choisie par les militants d'EELV.

 

Le soir même, en lisant en diagonale trois articles du Monde j'apprends que "Pendant ce temps la fonte des glaciers s'accélère" que "L'accord de Durban laisse une grande place à l'interprétation pour les pays signataires". La France apprends aussi que François "Un paysan charentais attaque Monsanto". La multinationale serait responsable de sa maladie, a priori causée par des pesticides toxiques. Pour couronner le tout le MHSC a perdu, le PSG revient en tête du classement du championnat et Dominique de Villepin annonce sa candidature à la présidence de la République.

 

Quelle journée... Que reste-t-il donc à espérer? Je n'en sais rien et redémarre le 4x4 pour aller avec une amie voir le dernier Polanski dans une zone commerciale ignoble de Montpellier, en buvant du Coca Cola après être passés nous nourrir dans la plus grande chaîne de fast food du monde. Ne cherchez pas de morale, il n'y en a pas.

 

Romain FERRARA

02.12.2011

Journalisme, politique, amour et contentieux

Miroir déformant

 

Ces dernières semaines une avalanche de petites affaires, me touchant de près ou de loin, m'a amené à témoigner concrètement à hauteur de ma petite personne, de la relation ambigüe qui lie les journalistes aux hommes politiques. Liés, ils le sont indéniablement car l'un sans l'autre, aujourd'hui ils ne sont rien. Tout média quelque soit son support diffuse l'information fourni par le politique, de façon plus ou moins objective. Le politique, lui, tente d'utiliser ses réseaux afin que son discours soit diffusé de la meilleure façon qu'il soit par les médias.

 

Nombre de liens entre ces deux pouvoirs sont allés jusqu'à concrétiser des unions plus privées : les flamboyants Montebourg-Pulvar, les libertins DSK-Saint Clair, les radicaux Schönberg-Borloo, les déchus Kouchner-Ockrent... La liste serait longue, nous allons revenir hélas à des considérations moins romantiques et à mes expériences vécues ces derniers temps. Afin de ne pas froisser qui que ce soit et certaines affaires étant en cours, la plupart des noms des protagonistes et des journaux pour lesquels ils travaillent où avec qui ils sont en relation ne seront pas dévoilés dans ce billet.

 

La mauvaise foi du photographe un peu gauche

 

De jeunes militants de droite, joyeux et inventifs, créent un tract fustigeant les absences criantes et répétées du maire de Montpellier, Hélène Mandroux. Celle-ci allant au Japon, au Canada ou en Israël en quelques semaines pendant que le Kremlin à 130 millions d'euros s'érigeait à Port Marianne, les citoyens étaient en droit de se demander ce que leur maire allait bien faire par delà les mers, loin de leurs problématiques du quotidien. Le texte est écrit, amusant, pas bien méchant, un bon tract concernant politique locale. Une photo est choisie, prise sur internet et a priori libre de droit car cette mention est explicitement mentionnée sur l'image. La distribution prévue le samedi fuite même dans un journal qui parait le vendredi, veille du tractage. Lors de ce tractage les jeunes reçoivent un très bon accueil de la part des passants sous le soleil, qui éclabousse encore la place de la Comédie en ce début d'automne. C'est un succès! Un photographe de presse, averti donc la veille par un journal à grande diffusion, est même venu prendre des photos des militants avec leurs tracts.

 

Las... Deux jours plus tard ce photographe vient réclamer son dû : près de 1000 euros pour les droits d’auteur du cliché en question. Un pauvre petit cliché de mauvaise qualité, a priori libre de droit et utilisé pour quelques centaines de tracts par de jeunes militants de la droite héraultaise. Il savait donc la veille que le tractage avait lieu et il est venu en souriant les prendre sur le fait, pour ensuite dans une démarche d'une grande classe, demander une somme astronomique après avoir bien entendu retiré son cliché libre de droit de la face du web, ajoutant force de mentions légales sur son site. N'arrivant pas à ses fins, il passe donc le mot à ses amis journalistes qui, le lendemain, publie un papier dans un journal de gauche, tout comme l’est son site personnel, salissant copieusement les militants, naïfs et pris au piège.

 

La mise en avant de clichés maladroits

 

Des journalistes d'un grand journal national viennent nous voir un ami et moi, afin de récolter notre opinion sur la primaire socialiste qui bat son plein. L'objectif est de donner un regard de jeunes cadres de la droite locale sur les primaires du PS. Au milieu du tapage médiatique incroyable autour de la gauche, enfin une occasion de laisser la droite s’exprimer ! Rendez-vous est donc pris dans l'appartement de Yannick, pour une réaction directe en regardant un des débats internes socialistes. On parle donc librement autour d'un verre de blanc. Un débat de fond s'instaure au fil de la séquence diffusée sur BFM. Mon ami et moi-même nous exprimons sur l'assistanat, l'apologie de l'Etat providence et l'interventionnisme extrême dans l'économie prôné par certains candidats. Tout cela en mettant les propositions de la droite en parallèle. Fin du débat, rien de bien intéressant à l'écran mais on a pas mal discuté et les journalistes étaient sympathiques.

 

http://montpellier.blog.lemonde.fr/2011/09/29/le-debat-de-la-primaire-socialiste-vu-par-des-militants-ump/

 

Le résultat de ce reportage? Les journalistes ne retiennent que les petites phrases prononcées, les images amusantes et petites piques acides mais sans réel fondement que nous avons pu prononcer. Nous sommes désolés de voir alors cet article déplorable publié, avec noms et prénoms, sur le site de ce grand journal ainsi que dans une tribune de l'édition papier au niveau national! La forme fait donc polémique car le fond est creux. Nous passons pour de jeunes militants de droite sans aucun raisonnement profond, rien ne reste des  vraies phrases et discussions autour de tel ou tel concept. Cependant le jour de la rencontre je leur avais proposé une virée avec de jeunes montpelliérains pour leur montrer la face nocturne de la ville, qui peut être le sujet d'un bel article dans le cadre de leur projet. N'ayant qu'une parole, malgré le premier article qui m'avait affreusement déçu, j'accepte de les revoir quand ils me recontactent le mois suivant. Erreur fatale.

 

Le cliché du jeune de droite, suite et vins

 

Nouveau rendez-vous donc, plus question de politique cette fois, soirée entre amis! D'un bar à vin sympathique de l'Ecusson, le Vin/20, nous passons à l'institution de la place Jean Jaurès, le Café Jo. Le patron que l'on connait nous ouvre un salon car nous sommes nombreux et que le bar est bondé. Des jeunes qui bossent, qui étudient, un étudiant Erasmus venant d'Allemagne, un responsable associatif, certains sont serveurs le soir et étudient à la fac la journée. Un jeune entrepreneur local se joint à nous et je le présente aux journalistes. Des amis, des gens intéressants et divers, qui ont tous leur histoire et leur personnalité, issus de milieux différents mais qui sont ici réunis autour de quelques bouteilles. On discute avenir, carrière, couple, des projets se font et se défont. On s’amuse surtout. Ils ont la chance de pouvoir s'offrir de temps en temps ces soirées festives pour célébrer peut-être l'intense brièveté de leur jeunesse. Un parfum d'insouciance se répand peu à peu. Les vapeurs de champagne se mélangent aux volutes d’une cigarette, aussi légère que la robe de la jeune fille blonde accoudée au bar. Bientôt ce ne seront que de nostalgiques souvenirs, ils en profitent. J'assume.

 

http://montpellier.blog.lemonde.fr/2011/11/30/une-soiree-avec-la-jeunesse-doree-de-montpellier/

 

J'accuse par contre le rendu de l'article. La soirée s'est finie en boite de nuit, un club du centre ville fréquenté par tous les étudiants. Un différend avec un videur sur lequel je ne m'exprimerai pas car une procédure judiciaire est en cours, conduit à une violente fin de soirée sur laquelle s’attarderont les journalistes. L'article final, d’une platitude éclatante, renvoie dans son prologue à notre première rencontre politique. La plupart des lecteurs retiennent donc que des jeunes de droite, "jeunes bien nés" selon le rédacteur qui titre sur la "jeunesse dorée de Montpellier", boivent du champagne et finissent leurs soirées dans la violence. Aucun mot sur le plan sociologique, intellectuel. Aucune allusion à nos vies qui semblent se résumer à des bulles dans un verre. Rien sur nos envies, aspirations ou sur nos origines. Alors la foule rageuse des commentateurs est lâchée. Elle peut à loisir s'étendre sur la vacuité apparente d'une existence supposée facile et finalement, futile? L'article est partagé plus de 300 fois sur facebook en quelques heures. Jalousie, rancœur, peu importe. Quand l'œil du journaliste s'arrête à l'apparence et que le nerf optique ne touche pas les neurones, seul un cliché inerte peut être rendu. C'est de la photographie et non du journalisme. L’image, éclairée par la lumière crue, aveugle. Elle est muette et sujette à de multiples interprétations, souvent bien loin de la réalité. L'intelligence vient avec la parole, l'échange, le dialogue. Ces deux mésaventures m'auront au moins appris à mieux maîtriser mon image et à être plus prudent.

 

Des notes positives qui dénotent

 

Tout n'est pas si noir dans ce sombre constat. Ces dernières semaines j'ai aussi eu la chance de participer à des débats d'actualité sur Radio Campus (102.2 FM) dans une bonne ambiance et avec des jeunes dynamiques et ouverts d'esprit. J'ai pu intervenir à deux reprises pour l'Ecole Supérieure du Journalisme de Montpellier où la promotion sortante s'est essayée à l'interview télévisée avec moi en face, en tant que jeune homme politique « cobaye ». J'ai aussi participé le mois dernier à un dossier sur les jeunes en politique en discutant deux heures durant avec une journaliste de la Gazette de Montpellier, qui rédige un article de fond sur la question. Enfin bien sûr avec mon parti et ses élus j'ai pu rencontrer des gens partageant des valeurs en lesquelles ils croient. Des militants mais aussi des personnes de tout bord politique avec lesquelles on peut émettre des idées différentes et les confronter. Ce ne sont que les premiers coups et ils sont relativement faibles, vite oubliés. Il parait que ce qui ne tue pas rend plus fort.

 

Romain FERRARA